Forêt avec deux personnes ramassant de jeunes plants

Des avancées pour la conservation des Sapotaceae

Portée par plusieurs découvertes majeures – dont la redécouverte d’une espèce que l’on croyait disparue –, une récente mission de terrain dans le nord de Madagascar marque une avancée importante pour la conservation des Sapotaceae les plus menacées de l’île.

En lien avec notre projet de recherche sur les Sapotaceae (Sapotacées) de Madagascar, nos partenaires malgaches de l’Association Famelona mènent depuis deux ans et avec notre appui un projet de conservation de terrain dans le nord de l’île. Le responsable du projet Jacquis Tahinarivony, avec Alain Rasolonjatovo, Ninia M. Zafy et notre scientifique Laurent Gautier, a récemment effectué dans ce cadre une mission dans trois aires protégées du nord de Madagascar – Galoka-Kalobinono, Ampasindava et Lokobe.

L’objectif : poursuivre le suivi sur le terrain des espèces les plus menacées de Sapotaceae – classées CR (En danger critique) et EN (En danger) selon les critères de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) –, identifier de nouveaux individus adultes et récolter si possible des graines ou de jeunes plants afin de les mettre en culture dans les pépinières du projet pour leur réintroduction ultérieure en nature.

«Lorsque nous nous rendons sur le terrain, nous constatons souvent que, même dans les réserves, des arbres de la famille des Sapotaceae ont été coupés : leur robustesse est en effet prisée pour fournir du bois d’œuvre ou produire du charbon de qualité. C’est pourquoi il est important de donner un coup de pouce à leur multiplication. Cette mission a été riche en découvertes, comme la présence du genre Sideroxylon dans le nord-ouest de l’île, et nous a également apporté quelques bonnes nouvelles inespérées» explique Laurent Gautier. 

Redécouverte d’une espèce que l’on croyait disparue

Fruits verts de forme ovale avec feuilles

Mimusops nossibeensis

L’espèce Mimusops nossibeensis, connue uniquement à partir de son spécimen type récolté en 1851 sur l’île de Nosy Be, était considérée comme probablement éteinte. Malgré plusieurs recherches menées au fil des années, aucun individu n’avait pu être retrouvé car la forêt qui abritait ce spécimen a depuis longtemps disparu.

Sur la même île, mais dans la réserve de Lokobe, l’équipe a pourtant retrouvé sept individus de cette espèce, certains avec des fruits. Une découverte majeure:  ces fruits, jamais observés auparavant, pourront ainsi être décrits scientifiquement. Les sept individus identifiés feront également l’objet d’un suivi afin de récolter des graines qui seront mises en culture dans les pépinières du projet.

400 bébés pour une espèce en danger critique d’extinction

Feuille verte et épaisse dans un sous-bois

Capurodendron antilahimenae

Nos scientifiques ont récemment décrit l’espèce Capurodendron antilahimenae à partir d’un échantillon récolté en 1990 dans la réserve de Lokobe, seule récolte connue de l’espèce considérée comme CR selon les critères de l’UICN.

«A l’époque, le GPS n’existait pas et nous ne disposions donc pas de données précises sur le lieu exact de récolte, rendant ainsi difficile la localisation de cet arbre» explique Laurent Gautier. 

Au cours de la mission, l’équipe a non seulement retrouvé cet individu, mais également un second arbre à proximité. De plus, deux autres individus ont été identifiés hors-réserve, sur la péninsule d’Ampasindava, en face de l’île de Nosy Be. L’un d’eux avait, à son pied, une forte régénération issue d’une fructification récente. 

«Nous avons ainsi pu prélever plus de 400 plantules qui n’auraient pas survécu sous l’arbre mère. Elles ont été mises en pépinière pour les faire croître en vue de leur réintroduction en nature dans un an dans des forêts dégradées par l’exploitation sélective » précise Laurent Gautier.

Là encore, le fruit de l’espèce a pu être observé pour la première fois et pourra être décrit scientifiquement sur la base des restes retrouvés au sol. La forme allongée de la graine suggère une dispersion par les oiseaux.

«A ce stade, ces découvertes ne changent pas le statut CR de l’espèce, les individus observés se situant hors d’une réserve et l’aire de l’espèce pouvant être considérée comme sévèrement fragmentée» explique Laurent Gautier. 

Bas du tronc d'une espèce de Sapotaceae

Sideroxylon cf. gerrardianum

Sept pépinières pour 45 espèces de Sapotaceae malgaches menacées

Notre recherche sur les Sapotaceae a permis d’identifier 45 espèces classées CR et EN dans le nord de l’île. Toutes font aujourd’hui l’objet d’un suivi dans le cadre du projet de conservation des Sapotaceae mené avec notre partenaire malgache Famelona.

«Dans ce cadre, nous élaborons des fiches d’identification pour ces 45 espèces, fournissons aux équipes de terrain des données détaillées sur les individus – localisation, taille, espèce –, et apportons un soutien ponctuel lors des missions de terrain» explique Laurent Gautier.

Au total, 420 arbres de 32 espèces différentes ont déjà été localisés et font l’objet d’un suivi régulier par les équipes du projet. Parallèlement, 7’660 graines de 19 espèces ont été mises en culture dans les sept pépinières du projet. Réparties dans sept aires protégées du nord de Madagascar, elles reflètent la diversité des conditions climatiques du nord de l’île.

Une pépinière avec des personnes plantant de jeunes arbres

Mise en pépinière de 400 plantules de Capurodendron antilahimenae

«Le passage en pépinière constitue une étape essentielle pour renforcer la régénération naturelle des espèces les plus menacées. Au stade le plus fragile, celui des plantules, nous supprimons ainsi la prédation et limitons la compétition inter et intra-spécifique. Grâce à un substrat enrichi, un arrosage régulier et des conditions d’ensoleillement optimales, les jeunes plants présentent de bien meilleures chances de survie une fois replantés en forêt» explique Laurent Gautier.

A ce jour, 1’660 plants appartenant à 14 espèces différentes ont été réintroduits dans 18 hectares au sein des réserves dont elles sont originaires afin de restaurer des habitats dégradés par l’exploitation illégale ou les cyclones.

Tous les individus replantés sont géolocalisés et suivis tous les six mois afin d’évaluer leur taux de survie. Il est à ce stade trop tôt pour tirer des conclusions, les premières réintroductions ayant été réalisées il y a seulement cinq mois, en début de saison des pluies. 

Plantules récoltés dans la forêt d'Andranomatavy dans une des pépinières du projet gérée par l'Association Famelona, éninsule d'Ampasindava, village d'Ambariomena
Plantules récoltés dans la forêt d'Andranomatavy, dans une des pépinières du projet