État de vigilance maximale atteint pour nos jardiniers et jardinières ! Avec des températures dépassant 37°C à l’ombre et pouvant même atteindre 47°C dans certaines de nos serres de collection, il suffit de peu pour que tout bascule et qu’une collection entière succombe sous les effets d’une chaleur trop intense ou à laquelle elle n’est pas adaptée. Comme pour les périodes de grand froid, toute l’équipe est sous pression et s’affaire sans relâche, parfois dans des conditions extrêmement compliquées, pour sauver ces plantes qui, pour certaines, ont nécessité des mois ou des années de soins pour atteindre leur maturité.
Cela implique notamment des aménagements d’horaires, des jours de garde en effectif restreint particulièrement intenses et des adaptations de gestes métier impliquant la mise en place de check-lists « spéciales canicules » revisitées et très précises où un seul faux geste, un seul oubli pourrait être fatal !
Arroser, arroser et arroser… mais pas n’importe comment !
L’arrosage est la première ligne de défense contre la chaleur et la sécheresse. Nos jardiniers et jardinières commencent leur travail plus tôt, dès six heures du matin pour accomplir cette tâche essentielle avec une intensité et une cadence renforcées, et surtout avant que les rayons du soleil ne deviennent trop intenses pour les plantes… comme pour les équipes !
« En période de canicule, c’est la priorité absolue ! Dès notre arrivée, on arrose avant tout, et ensuite on démarre nos autres activités régulières. Mais cela ne veut pas non plus dire qu’on arrose sans distinctions ! Chaque plante a des besoins spécifiques qui doivent être respectés, ce qui rend cette opération particulièrement difficile et chronophage » précise Vincent Goldschmid, responsable des serres.
Par exemple, certaines espèces méditerranéennes des rocailles, comme le Sideritis cypria, sont si bien adaptées à la sécheresse qu’un arrosage trop important pourrait leur être fatal : Le contraste entre la température élevée de leur environnement et la fraîcheur de l’eau peut provoquer des dommages au feuillage, allant jusqu’à le brûler. À l’inverse, d’autres espèces alpines ou tropicales ne survivraient que quelques jours sans apport d’eau suffisant.
En complément de l’arrosage, la pulvérisation fine est également intensifiée dans les serres. Cette technique consiste à diffuser dans l’air de très fines gouttelettes d’eau, formant une légère brume. En s’évaporant rapidement, ces gouttelettes absorbent de l’énergie sous forme de chaleur, ce qui permet d’abaisser la température ambiante tout en augmentant le taux d’humidité.
Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’atmosphère des serres reste étonnamment fraîche et agréable, même lors des épisodes de fortes chaleurs !
Toutefois, cette humidité accrue favorise également le développement rapide de certains champignons, qui représentent une menace importante pour des plantes sensibles comme les orchidées. Pour limiter ce risque, d’autres stratégies sont mises en œuvre dans le respect de nos pratiques de culture biologique, notamment l’introduction dans les substrats de cocktail de micro-organismes. Ces derniers entrent en compétition avec les agents pathogènes potentiels et contribuent ainsi à protéger les végétaux contre les maladies.
D’autres mesures efficaces
L’arrosage n’est pas le seul moyen utilisé pour protéger les collections vivantes des fortes chaleurs. Nos équipes horticoles s’appuient également sur plusieurs pratiques éprouvées.
Avec notamment :
- Créer de l’ombre pour les plantes les plus exposées, en particulier celles cultivées en pots dans les couches de culture.
- Pailler les surfaces cultivées, à l’aide de copeaux, de pailles ou d’écorce, afin de conserver l’humidité du sol et de limiter les pertes d’eau par évaporation.
- Chauler les vitrages des serres de collection, une technique traditionnelle qui réduit l’intensité du rayonnement solaire et contribue à maintenir des températures plus clémentes à l’intérieur des serres.
- Installer des plantes sentinelles au pied des plantes tropicales en bacs. Sensibles à la sécheresse, ces espèces annuelles se fanent rapidement lorsqu’elles manquent d’eau, signalant ainsi la nécessité d’un arrosage.
Les plantes alpines en souffrance
Leontopodium alpinum en souffrance
Les effets du réchauffement climatique sont visibles au sein de nos collections vivantes. Dans les rocailles, les plantes alpines figurent parmi les plus vulnérables et illustrent de manière concrète les défis auxquels nos équipes sont confrontées aujourd’hui.
Pour faire face à cette nouvelle réalité, les pratiques horticoles ont dû s’adapter.
Repenser les lieux de plantation : certaines espèces emblématiques, comme l’edelweiss (Leontopodium alpinum) ne parviennent plus à prospérer dans les conditions qui reproduisent pourtant leur habitat naturel de montagne. Afin d’assurer leur conservation, elles sont désormais installées dans des zones plus fraîches et ombragées, à proximité des chutes d’eau. Si cet environnement s’éloigne de leurs conditions de vie habituelles, il favorise leur survie, même si leur apparence peut en être légèrement modifiée.
Leontopodium alpinum poussant à l'ombre
« C’est LA plante que tout le monde espère voir dans les rocailles, ce symbole emblématique de la Suisse ! Nous avons dû adapter nos pratiques pour qu’elle puisse continuer à y survivre, bien que ses conditions de croissance ne correspondent plus tout à fait à celles de son milieu naturel. » explique Frédéric Bieri, responsable des rocailles.
Faire évoluer les choix de plantation : certaines espèces méditerranéennes, initialement cultivées pour tester leur acclimatation sous nos latitudes, se développent aujourd’hui avec succès et parfois même de manière spectaculaire. Les étés chauds leur sont particulièrement favorables, même si elles restent plus sensibles aux rigueurs de l’hiver.
Renoncer à certaines espèces : des plantes comme l’androsace de Suisse (Androsace helvetica) ou le génépi blanc (Artemisia umbelliformis), autrefois très présentes et faciles à cultiver, ne sont désormais plus intégrées à nos collections. Les étés devenus trop chauds ne leur permettent plus de survivre durablement dans les conditions climatiques actuelles.
Face aux épisodes de chaleur, nos collections vivantes sont mises à rude épreuve. Mais elles continuent de s’épanouir grâce à l’engagement quotidien de nos jardiniers et jardinières. Portée par une passion commune et un formidable esprit d’entraide, notre équipe veille avec soin sur ce patrimoine végétal dont nous pouvons toutes et tous profiter.
Et si vous souhaitez venir les observer tout en vous autorisant des parenthèses fraicheur, n’hésitez pas de vous balader dans le jardin jungle, de flâner dans nos serres ou de vous reposer à l’ombre d’un des nombreux arbres de notre arboretum !