À la suite d’une rupture estivale de branche sur l’un de nos chênes pédonculés (Quercus robur), nos équipes ont décidé de mettre en place, à titre exceptionnel, un dispositif d’arrosage dans notre arboretum. Cette mesure intervient après plusieurs semaines sans pluie et un épisode caniculaire particulièrement intense, afin de préserver notre collection d’arbres.
Une rupture imprévisible sur un arbre en parfaite santé
Branche au sol du Quercus robur
La rupture estivale correspond à la chute soudaine d’une grosse branche sur un arbre qui ne présente pourtant aucun signe apparent de faiblesse. Dans ce cas précis, une importante branche charpentière de l’un de nos chênes pédonculés multi centenaire (Quercus robur) s’est rompue de manière instantanée et totalement imprévisible.
Connu sous le nom de Summer Branch Drop dans la littérature scientifique anglophone, ce phénomène survient notamment lors de périodes de fortes chaleurs, par temps calme et sans vent. Bien qu’il soit étudié depuis plusieurs décennies, ses mécanismes ne sont pas encore entièrement compris.
Les scientifiques estiment qu’il résulte vraisemblablement d’une combinaison de facteurs, parmi lesquels le stress hydrique joue un rôle important.
Cette rupture touche essentiellement les grandes branches horizontales d’arbres matures et rappelle que les arbres, comme tous les organismes vivants, réagissent en permanence aux conditions environnementales.
«Nous assurons un suivi permanent de notre arboretum et de chacun de ses spécimens. L’état phytosanitaire et mécanique de cet arbre ne présentait aucun signe inquiétant», explique notre Jardinier chef Nicolas Freyre.
«Le fort épisode caniculaire que nous venons de traverser, combiné à plusieurs semaines sans précipitations, a soumis nos arbres à un stress exceptionnel et peut expliquer la survenue d’un tel phénomène.»
Un géant vieux de plus de 600 ans avec des besoins en eau considérables
Estimé à plus de 600 ans, ce chêne remarquable présente une circonférence de près de 7 mètres, atteint environ 24 mètres de hauteur et développe une surface foliaire estimée à près de 5’000 m² – soit l’équivalent d’un terrain de football. Un arbre de cette taille a des besoins en eau considérables.
«Nous estimons que ce chêne doit mobiliser près de 5’000 litres d’eau par jour en période de fortes chaleurs pour assurer la circulation de la sève et maintenir ses fonctions vitales», explique notre Adjoint scientifique Pascal Martin.
Quercus robur
En effet, lors d’épisodes caniculaires, lorsque l’humidité de l’air est faible, la transpiration des feuilles s’accélère fortement et l’arbre transpire jusqu’à 5›000 litres d’eau par jour, un puissant effet rafraichissant pour l’arbre et son environnement.
Dans ces conditions et lorsque les réserves en eau du sol deviennent insuffisantes, le système hydraulique de l’arbre peut être perturbé. Des bulles d’air se forment alors dans les vaisseaux conducteurs – un phénomène appelé cavitation ou embolie – interrompant la circulation de l’eau. Les feuilles se dessèchent progressivement, certaines parties de l’arbre dépérissent et les tissus peuvent finir par mourir.
Une question devient alors essentielle: après plusieurs semaines sans pluie, le sol contient-il encore suffisamment d’eau pour répondre quotidiennement aux besoins d’un arbre de cette envergure?
Un arrosage exceptionnel de l'arboretum
En temps normal, notre arboretum n’est pas arrosé. Les arbres y trouvent naturellement les ressources nécessaires à leur développement.
Les conditions météorologiques exceptionnelles que nous connaissons actuellement ont toutefois conduit nos équipes à mettre en place un arrosage temporaire dans certaines zones de l’arboretum. Comme pour le reste du Jardin Botanique, l’eau utilisée provient du lac.
«Il s’agit d’un dispositif exceptionnel pour une situation exceptionnelle. Nous arrosons progressivement les différentes zones de l’arboretum et nous mettrons fin à ce dispositif dès que les conditions météorologiques redeviendront normales» précise Nicolas Freyre.
Une zone de tranquillité autour du chêne
Une zone de tranquillité a été aménagée depuis plusieurs années autour du chêne concerné ainsi qu’autour d’autres spécimens de notre arboretum.
Elle poursuit un double objectif: protéger le système racinaire des arbres en limitant le piétinement et permettre à nos équipes d’intervenir, notamment en mettant en place un paillage destiné à conserver l’humidité du sol. Cette zone constitue également un périmètre de sécurité pour le public.
La rupture de cette branche, sans danger pour le public puisque dans cette zone, ne signifie pas que l’arbre est en mauvaise santé. Elle illustre en revanche les effets très concrets que les épisodes climatiques extrêmes peuvent avoir sur des arbres pourtant en bonne santé et rappelle les défis croissants auxquels sont confrontés les jardins botaniques dans le contexte du changement climatique.