Malgré sa biodiversité exceptionnelle, le Maghreb reste inégalement documenté sur le plan botanique. Les missions de terrain sont ainsi essentielles pour explorer les régions encore peu étudiées, mieux connaître la répartition des espèces et collecter des spécimens récents, indispensables aux recherches taxonomiques et à l’enrichissement des collections scientifiques.
Le Djurdjura, un haut lieu de la biodiversité méditerranéenne
Situé à l’ouest de la Kabylie en Algérie, le massif du Djurdjura constitue l’un des principaux massifs montagneux humides d’Afrique du Nord.
À l’instar des montagnes du Rif marocain et de la Kroumirie tunisienne, il se caractérise par des conditions bioclimatiques humides et fraîches, favorisant le développement d’une flore riche et diversifiée, avec un taux d’endémisme particulièrement élevé.
Ces massifs jouent ainsi un rôle majeur en tant que refuges biogéographiques pour de nombreuses espèces relictuelles et endémiques, et représentent des zones prioritaires pour l’étude et la conservation de la biodiversité végétale en région méditerranéenne.
Une mission dans les montagnes kabyles
Pour contribuer à une meilleure connaissance de cette flore exceptionnelle, notre scientifique Florian Mombrial a mené en mai 2026 une mission de terrain de dix jours dans le massif du Djurdjura aux côtés de la botaniste algérienne Salima Benhouhou, Professeure à l’École nationale supérieure agronomique (ENSA) d’Alger.
Ils ont été accompagnés, sur une partie de la mission, par d’autres collègues botanistes: Gianniantonio Domina (Université de Palerme, Italie), Mohammed Aït Hammou et Mohamed Djamel Miara (Université de Tiaret, Algérie).
Cette mission avait pour principal objectif de récolter des saules appartenant au groupe Salix subg. Vetrix, tout en réalisant un inventaire floristique des habitats montagnards situés entre 1’300 et 1’800 mètres d’altitude. Cette tranche altitudinale offrait alors les meilleures conditions d’observation: à plus basse altitude, la végétation était déjà desséchée par les fortes chaleurs printanières, tandis qu’à plus haute altitude, la flore n’avait pas encore atteint son plein développement.
Les prospections ont porté sur plusieurs secteurs relativement préservés, où la faible pression de pâturage favorise le maintien d’une flore particulièrement riche et diversifiée. Au total, la mission a parcouru 2’084 kilomètres au départ d’Alger, permettant d’explorer un large éventail de stations représentatives des paysages montagnards de Kabylie.
Près de 400 récoltes correspondant à 350 espèces
Au total, 398 récoltes, représentant près de 350 espèces, ont été réalisées et documentées photographiquement. Parmi elles figurent 11 récoltes de saules (Salix sp.) correspondant à deux espèces, destinées à approfondir l’étude de la délimitation taxonomique de ce groupe.
La mission a également permis de documenter plusieurs espèces alpines rares à cette latitude, parmi lesquelles Erinus alpinus, Sorbus aria – une espèce montagnarde des falaises calcaires qui atteint sa limite méridionale dans les massifs montagneux d’Afrique du Nord (Rif marocain et Djurdjura algérien) –, Potentilla caulescens subsp. djurdjurae, une sous-espèce endémique du Djurdjura et typique des parois rocheuses calcaires bien exposées, et Ononis aragonensis, une espèce endémique ibéro-maghrébine que l’on ne trouve que très rarement en Algérie, mais dont une nouvelle station a été découverte durant cette mission.
Une journée d’inventaire a également été consacrée au massif des Babors, autre territoire emblématique de la biodiversité kabyle. Les botanistes y ont notamment récolté Sedum multiceps, une espèce endémique d’Algérie et poussant dans des éboulis et parois rocheuses calcaires. Bien que son statut de conservation n’ait pas encore été évalué, les populations observées se développent dans des habitats encore bien préservés.
Chaque spécimen récolté est conservé en deux exemplaires: l’un à l’herbier national d’Algérie, l’autre dans notre herbier, contribuant ainsi à préserver une trace durable de cette flore remarquable et à soutenir les futures recherches scientifiques.
Des collections au service de la recherche
Les échantillons sont en cours de désinfection avant d’être déterminés, montés et intégrés à notre herbier.
Ces nouvelles récoltes viendront enrichir plusieurs bases de données de référence sur la flore nord-africaine, notamment Eflora Maghreb et l’African Plant Database, contribuant ainsi à améliorer les connaissances sur la biodiversité végétale du Maghreb.