Orchidée blanche sur fond noir

Une orchidée nouvelle pour la science, déjà en danger critique

Décrire une nouvelle espèce, c'est aussi commencer à documenter son habitat, sa répartition et sa vulnérabilité. À Madagascar, la description d'une orchidée nouvelle pour la science plus de vingt ans après sa récolte illustre ce long travail de recherche et le rôle de la taxonomie dans la conservation de la biodiversité.

Une nouvelle espèce d’orchidée endémique du Nord de Madagascar vient d’être décrite par notre scientifique Louis Nusbaumer, en collaboration avec Johan Hermans des Jardins botaniques royaux de Kew.

Baptisée Angraecum goldschmidii, elle n’est connue que d’une seule localité et est provisoirement évaluée comme «En danger critique» d’extinction (CR) selon les critères de la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Une espèce de la forêt de Bobankora

Arbres d'une forêt tropicale
Forêt de Bobankora

Angraecum goldschmidii a été décrite à partir d’un spécimen en fleur collecté en février 2005 au nord-est de Madagascar dans la forêt de Bobankora, au sein de l’aire protégée de Loky Manambato (région de Daraina).

«Cette région abrite une biodiversité exceptionnelle: 1’575 espèces de plantes y ont été répertoriées avec 95 nouvelles espèces déjà décrites, dont 60 sont endémiques de la région» souligne Louis Nusbaumer.

Cette orchidée est épiphyte : elle se développe sur une autre plante, généralement en haut d’un arbre pour profiter de la lumière, sans en être un parasite. Elle vit dans une forêt humide de moyenne altitude, sur des crêtes parsemées de gros blocs granitiques, à environ 570 mètres. De petite taille – ne dépassant pas deux centimètres – elle possède des racines épaisses et abondantes et des feuilles charnues en forme de lame. Ses fleurs blanches présentent plusieurs caractéristiques qui permettent de la distinguer des espèces proches, avec un éperon contenant probablement du nectar, le pollinisateur de la plante étant encore inconnu mais supposé avoir une trompe atteignant au moins 6 mm de longueur.

Vue de de massifs forestiers
Forêt de Bobankora avec le fleuve Manambato

Un travail d’enquête dans les herbiers de Genève et Paris

Comment déterminer qu’une plante collectée dans une forêt malgache appartient à une espèce encore inconnue de la science ?

«En Suisse, en tant que botanistes, nous pouvons identifier toutes les espèces du pays à partir de la flore nationale, qui contient des clefs de déterminations complètes et à jour pour toutes les familles et espèces. Cette démarche est quasiment impossible à Madagascar où il y a quatre fois plus d’espèces, dont de nombreuses restent à décrire, et avec un grand nombre de familles sans clef de détermination ou des clefs très anciennes» explique Louis Nusbaumer.

«Ainsi, lorsque nous réalisons un inventaire d’une région de Madagascar pour en étudier la flore, nous envoyons systématiquement un double des spécimens récoltés à plus de 70 spécialistes d’un genre ou d’une famille de plantes malgaches avec lesquels nous collaborons. Ils et elles ont en effet la compétence de reconnaitre très rapidement les espèces et nous renvoient ainsi des identifications pour chaque spécimen.»

Dans le cas présent, la population de l’espèce étant restreinte, Louis Nusbaumer et son collègue malgache Patrick Ranirison ont fait le choix de ne récolter que deux spécimens sur le terrain, dont l’un est déposé dans l’herbier régional de Daraina et l’autre dans notre herbier. Impossible donc de partager un double avec des collègues.

«En comparant ce spécimen avec toutes les espèces d’Angraecum morphologiquement proches conservées dans notre herbier ainsi que dans l’herbier de Paris, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce. Mais j’ai dû attendre une visite scientifique de Johan Hermans – grand spécialiste des Orchidaceae de Madagascar –pour confirmer que c’était bien le cas. Ce qui explique le temps important entre la récolte et la publication de la nouvelle espèce» explique Louis Nusbaumer.

Une description entre Genève et Londres

Échantillon d'herbier

Échantillon type d'Angraecum goldschmidii

La description détaillée d’Angraecum goldschmidii a ensuite nécessité plusieurs jours de travail et de nombreux échanges de correspondance entre les deux chercheurs. Elle repose sur une analyse détaillée de la morphologie du spécimen collecté en 2005.

Les fleurs de ce spécimen d’herbier, ont été réhydratées, disséquées et mesurées à l’aide d’une loupe binoculaire de très hautes qualité et précision. Elles ont ensuite été replacées dans la pochette de l’échantillon type qui est conservé dans notre herbier. 

Leurs caractéristiques ont ensuite été comparées à celles de plusieurs espèces proches, au sein du genre Angraecum, conservées dans notre herbier et celui des Jardins botaniques royaux de Kew. 

Une nouvelle espèce, déjà menacée

Orchidée blanche

Angraecum goldschmidii

L’étude et la description d’Angraecum goldschmidii permet aussi de mesurer sa vulnérabilité. L’espèce n’a jusqu’à présent été recensée que dans la forêt de Bobankora, où seuls quelques individus ont été observés, malgré un recensement de plus de 54’000 observations de plantes vasculaires dans les forêts de l’aire protégée de Loky Manambato.

De plus, cette population se trouve dans la zone tampon de cette aire protégée, une zone où certaines activités humaines comme le tourisme et le prélèvement de plantes sont autorisées sous réserve du respect des réglementations environnementales. À cela s’ajoute enfin une perte de forêt observée dans l’aire protégée entre 1996 et 2016. 

À partir de ces données, l’évaluation préliminaire du statut de conservation d›Angraecum goldschmidii la place «En danger critique» d’extinction (CR) selon les critères de la Liste rouge de l’UICN.

Une découverte qui renforce les connaissances sur les forêts du nord-est de Madagascar

La découverte de cette orchidée rappelle que connaître et nommer les espèces est une étape essentielle de leur conservation. Chaque nouvelle espèce découverte et publiée contribue également à mieux faire connaître les écosystèmes dans lesquels elles poussent et peut aider à démontrer, auprès des décideurs, l’importance de maintenir et de poursuivre leur protection.

«L’étude de l’écologie d’Angraecum goldschmidii permet de mieux caractériser le milieu dans lequel elle pousse et ses espèces compagnes qui croissent avec elle. Ces connaissances permettent ainsi d’identifier d’autres habitats favorables où l’espèce pourrait potentiellement être présente et ainsi de mieux orienter les efforts de protection» explique Louis Nusbaumer.

Protéger les forêts avec les populations et partenaires locaux

Grenouille verte

Plethodontohyla aff. notosticta dans la forêt de Bobankora

Depuis 2005, nos scientifiques, en collaboration avec leurs collègues des Universités d’Antananarivo et de Genève et en partenariat avec les associations Famelona et Fanamby, ont contribué à la mise sous protection de près de 4’400 km2 de forêts tropicales à Madagascar, soit une superficie plus de 15 fois supérieure à celle du canton de Genève.

En documentant la richesse exceptionnelle de ces forêts, qui abritent un nombre remarquable d’espèces animales et végétales, dont beaucoup sont endémiques, ce travail scientifique fournit à nos partenaires malgaches des connaissances essentielles pour soutenir la protection de ces territoires. Cette démarche est menée en étroite collaboration avec les populations locales, elles-mêmes engagées dans la préservation de ces espaces.

À la suite de la mise sous protection des forêts de l’aire protégée de Loky Manambato, Fanamby et les populations locales ont également développé Sahanala, une société économique visant à développer des activités génératrices de revenus durables en montrant qu’une forêt rapporte davantage vivante qu’abattue.

Un nom en hommage à notre jardinier responsable de notre collection d’orchidées

Personnes sur le terrain à Madagascar
Vincent Goldschmid en mission à Madagascar

Le nom de la nouvelle espèce rend hommage à notre jardinier Vincent Goldschmid, responsable des serres et de la collection d’Orchidaceae. Passionné par ces plantes et par les stratégies qu’elles développent pour se reproduire et s’adapter à leur environnement, il s’intéresse également depuis de nombreuses années à la conservation des forêts tropicales.

En nomenclature botanique, le nom scientifique d’une espèce est formé de deux éléments: le genre, ici Angraecum, suivi de l’épithète spécifique, ici goldschmidii. Ensemble, ils constituent le nom de l’espèce, Angraecum goldschmidii.

Attribuer le nom d’une personne à une nouvelle espèce est une manière de reconnaître sa contribution à la connaissance ou à la conservation du monde végétal.

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Forêt de Bobankora