Comment reconnaître une plante alpine ? Comment s’adapte-t-elle à son environnement? Et comment la végétation évolue-t-elle avec l’altitude? Pour répondre à ces questions, rien ne remplace l’observation sur le terrain.
Au début de l’été, quinze étudiantes et étudiants en bachelor, master ou doctorat, issus des universités de Genève, Lausanne, Neuchâtel, Bêle ainsi que de l’HEPIA se sont retrouvés à Champex-Lac pour suivre le cours de terrain de l’Université de Genève (UNIGE) sur la botanique alpine.
Issus de formations en biologie, biogéosciences ou gestion de la nature, ils et elles ont exploré pendant une semaine différents milieux alpins, accompagnés par notre Conservateur et chargé de cours à l’UNIGE Louis Nusbaumer, notre doctorante Alessandra Havinga et notre médiatrice scientifique Maud Oïhénart.
Eriophorum scheuchzeri
Du jardin alpin aux sommets
Basé au Jardin botanique alpin Flore-Alpe à Champex, le cours a alterné enseignements et excursions. Après une première journée consacrée aux adaptations des plantes alpines à leur milieu, aux relations entre plantes et pollinisateurs et aux alliances végétales, les participantes et participante sont partis explorer plusieurs vallées.
De la Combe d’Orny à la Montagne de Fully, puis du col du Fenestral au val Ferret, les excursions les ont conduits jusqu’à 2’656 mètres d’altitude. Une manière d’observer comment la végétation se structure selon l’altitude et de mettre en pratique les connaissances acquises en salle.
«Cette expérience constitue une préparation précieuse pour de futurs travaux de recherche dans les Alpes, mais aussi pour des activités professionnelles telles que les études d’impact ou l’étude des milieux naturels» souligne Louis Nusbaumer.
À l’issue des sept jours de terrain, toutes les étudiantes et tous les étudiants ont d’ailleurs réussi avec succès l’examen final.
Transmettre la botanique
Ce cours fait partie des nombreux enseignement dispensés par nos scientifiques à l’Université de Genève – qui y assurent l’ensemble des cours portant sur la botanique.
Une transmission qui dépasse la seule acquisition de connaissances. Au fil de la semaine, le regard des participantes et participants sur les Alpes a profondément évolué. Parmi les moments forts: l’observation d’ancolies des Alpes (Aquilegia alpina L.), d’edelweiss (Leontopodium alpinum Cass.) et d’autres espèces rares, mais aussi de nombreuses espèces animales comme le gypaète barbu, les vautours fauves, les niverolles alpines ou les marmottes.
Une expérience de terrain peut aussi faire naître une vocation. Lors de la première journée au Jardin alpin Flore-Alpe, les étudiantes et étudiants ont été guidés par Alexandra Slotte, une ancienne participante au cours. Passionnée par cette expérience, elle est aujourd’hui responsable de la communication et de la médiation scientifique du jardin alpin.
Une flore alpine qui change
Aquilegia alpina
Louis Nusbaumer donne ce cours depuis 2018 et a vu, au fil des ans, évoluer la flore alpine.
«Les années où les floraisons sont avancées d’une à trois semaines, autrefois rares, sont devenues de plus en plus fréquentes. Certaines espèces sont ainsi déjà fanées au moment du cours. Depuis 2023, le stage a donc été avancé d’une semaine afin de retrouver le pic de floraison».
Une adaptation qui pourrait toutefois atteindre ses limites : si cette évolution se poursuit, il ne sera pas possible d’avancer indéfiniment le cours, notamment en raison du calendrier des examens universitaires et de l’ouverture des cabanes.
«Connaître précisément les espèces, leur écologie et leur répartition est indispensable pour comprendre les transformations que connaissent les milieux alpins, notamment en raison du changement climatique. Le terrain constitue un espace d’apprentissage unique et un observatoire privilégié des changements de la biodiversité» souligne Louis Nussbaumer.