Une connaissance précise des espèces, des milieux naturels et de leur évolution dans le temps constitue le fondement de la protection de la biodiversité. Cette connaissance se construit progressivement grâce aux observations réalisées par les scientifiques, les institutions publiques, les bureaux d’étude, les associations et les naturalistes. Mais ces informations, produites au fil des décennies par une multitude d’acteurs et d’actrices, n’acquièrent toute leur valeur que si elles peuvent être rassemblées, harmonisées et mises en perspective.
Cette vision d’ensemble permet d’observer la répartition des espèces, de comprendre les changements qui les affectent et d’en mesurer l’évolution à l’échelle d’un territoire. Elle constitue une connaissance indispensable pour évaluer l’état du patrimoine végétal, mais aussi pour accompagner les transformations du territoire face aux enjeux de la transition écologique, du dérèglement climatique et de la préservation des ressources.
C’est pour répondre à cet enjeu que nous avons développé, en partenariat avec l’Office cantonal de l’agriculture et de la nature (OCAN), la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA) et de nombreux partenaires scientifiques, institutionnels et associatifs, le Système d’Information du Patrimoine Vert (SIPV) reposant sur une collaboration étroite que nous coordonnons afin d’assurer son évolution et son fonctionnement.
« Le SIPV transforme des milliers d’observations dispersées sur le patrimoine végétal en une connaissance partagée, capable d’éclairer la recherche et la conservation et intégrer les enjeux de biodiversité dans les prises de décisions d’aujourd’hui et de demain. »
Nicolas Wyler, Conservateur
Ophrys sphegodes
Objectifs et méthodologie
Lancé en 1995, le Système d’Information du Patrimoine Vert (SIPV) a pour objectif de constituer l’infrastructure scientifique de référence sur la biodiversité végétale régionale.
Il rassemble près de deux siècles d’observations organisées autour de quatre grands domaines complémentaires : la flore sauvage, les milieux naturels, les espaces verts et le patrimoine arboré. Cette approche permet d’appréhender la biodiversité sous toutes ses formes et d’assurer un suivi cohérent de son évolution à long terme, d’évaluer les effets du dérèglement climatique et des activités humaines, d’identifier les espèces les plus menacées et de produire les analyses nécessaires à une gestion durable du territoire.
Son fonctionnement repose sur un vaste réseau de partenaires scientifiques et institutionnels. Les données proviennent notamment du réseau Info Flora, auquel contribuent les observations de notre programme de Monitoring de la flore et des milieux naturels du canton de Genève (MonGE). Elles sont complétées par les données du Conservatoire botanique national alpin (CBNA), dans le cadre d’une collaboration transfrontalière, ainsi que celles des services cantonaux, des bureaux spécialisés, des associations et de plusieurs milliers d’observateurs et observatrices.
L’ensemble de ces informations est intégré dans un référentiel commun, où elles sont harmonisées et contrôlées, afin de garantir leur qualité, leur cohérence et leur interopérabilité grâce aux outils de gestion développés dans le cadre du projet. Les données sont enrichies par des informations propres au contexte genevois, telles que les statuts de menace (Liste rouge), les priorités de conservation, les données génétiques ou d’autres informations issues des programmes de recherche et de suivi.
Le SIPV ne se limite pas à conserver ces informations : il les transforme ensuite en connaissances directement mobilisables. Celles-ci sont diffusées via le portail du SIPV, qui permet de consulter les données du référentiel, et alimentent également le Système d’information du territoire à Genève (SITG) ainsi que différents flux de données à destination de services cantonaux et communaux.
Résultats et perspectives
Après trente années de développements, le SIPV constitue l’une des infrastructure de connaissance les plus complètes consacrées au patrimoine végétal à l’échelle d’un territoire régional.
Le référentiel SIPV rassemble aujourd’hui plus d’un million d’observations sur la flore, couvrant près de 3’800 taxons, dont plus de 300’000 arbres isolés (hors forêt), et alimentées par plus de 3’000 contributeurs et contributrices, amateurs comme professionnels. Certaines données, issues de la littérature ou de notre herbier, remontent jusqu’au XVIIIᵉ siècle, offrant une profondeur historique exceptionnelle pour analyser les transformations de la flore et des milieux naturels du bassin genevois.
Le portail du SIPV donne librement accès à des fiches descriptives consacrées à près de 2’000 espèces végétales, plus de 100 milieux naturels et 140 espèces d’arbres couramment plantés à Genève. À cela s’ajoutent des cartes interactives, des données d’observations ainsi que de nombreux outils de consultation, d’analyse et d’extraction de données (tableau de bord).
Au-delà de leur diffusion, ces données alimentent directement les politiques publiques et les programmes scientifiques. Elles sont utilisées pour l’élaboration des Listes rouges cantonales, des atlas de la flore, des plans d’action en faveur des espèces menacées, coordonnée par le programme MonGE, ainsi que les cartographies pour les infrastructures écologiques, les milieux et le patrimoine arboré.
À l’heure où les territoires doivent simultanément préserver la biodiversité, s’adapter au dérèglement climatique et concilier leurs besoins d’aménagement, le SIPV fournit une connaissance objective et continuellement actualisée permettant d’orienter les décisions. Son développement se poursuit afin d’intégrer de nouvelles sources d’information, notamment issues de la télédétection, du LiDAR, de l’intelligence artificielle et de la modélisation spatiale, renforçant ainsi sa capacité à anticiper les évolutions futures de la biodiversité et à accompagner la transition écologique du bassin genevois.
Fiche du projet
Lancement
- 1995
Famille concernée
- Flore vasculaire du canton de Genève
Pays
- Suisse (canton de Genève)
Partenaires
- Office cantonal de l’agriculture et de la nature (OCAN)
- Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA)
- Info Flora
- Conservatoire botanique national alpin (CBNA)
- Service des espaces verts (SEVE)
- Système d’information du territoire à Genève (SITG)
- Direction de l’information du territoire (DIT)
- Direction des systèmes d’information et de communication (DSIC)
- Service organisation et sécurité de l’information (DOSI)
- Office cantonal des systèmes d’information et du numérique (OCSIN)
Équipe
- Laurent Kneubuhl, Informaticien
- Pascal Martin, Adjoint scientifique
- Anouk Mentha, Gestionnaire de données
- Raoul Palese, Conservateur
- Nicolas Wyler, Conservateur et responsable du projet