Epilobium fleischeri en floraison dans les Grisons

Epilobium fleischeri (Grisons)

|© Sarah Burg

Crop Wild Relatives suisses

Suisse Biodiversité / Conservation

Protéger les espèces sauvages apparentées aux espèces cultivées pour garantir notre sécurité alimentaire

Dans un contexte où la sécurité alimentaire est menacée par les bouleversements environnementaux actuels, les parents sauvages des plantes cultivées constituent des réservoirs précieux de gènes utiles pouvant améliorer la résistance à la sécheresse, aux pathologies ou aux ravageurs de nos plantes cultivées. En les conservant dans notre banque de semence, nous nous engageons à les préserver pour les générations futures.

Depuis toujours, les civilisations humaines ont utilisé les plantes sauvages pour en faire des variétés cultivées ou pour améliorer la résistance ou la productivité des cultures existantes. Ces parentes de variétés cultivées, plus communément appelées CWR (de l’anglais Crop Wild Relatives), sont donc génétiquement proches des plantes que nous produisons pour l’alimentation, pour le fourrage ou pour leurs valeurs médicinales ou aromatiques. Les CWR portent également en elles des gènes potentiellement intéressants pour de futur croisements et la création de variétés plus résilientes pour lutter contre la sécheresse, les maladies, les ravageurs ou les résistances aux pesticides et insecticides en constante augmentation. Comme elles sont très proches, il est possible d’introduire ces gènes à l’aide de méthodes de sélection classiques, sans recourir au génie génétique.

À la suite de l’adoption de la Convention sur la diversité biologique en 1992 et du Traité international sur les ressources phytogénétiques de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2001, la Suisse s’est engagée à protéger ses ressources génétiques, dont les CWR font explicitement partie.

Dans ce contexte, nous nous efforçons d’intégrer dans notre banque de semences et, ainsi, de protéger les 285 espèces CWR prioritaires de Suisse, qui peuvent jouer un rôle clé en matière de sécurité alimentaire.

«Face aux changements climatiques globaux, les CWR représentent un énorme potentiel pour le domaine de l’agriculture en constante recherche de variétés plus résistantes et productives. Nous devons sécuriser ces espèces sauvages et souvent menacées, pour ne pas risquer de perdre ce trésor.»

 

Andreas Ensslin, Conservateur

Scientifique avec des gants noirs portant entre ses mains un bocal en verre contenant des tubes en verre dans lesquels se trouvent des graines de la banque de semences et des billes orange de silicagel
Lots de graines, banque de semences

Objectifs et méthodologie

Epis de brome faux-seigle jaune doré au premier plan avec une grande pierre grise en arrière plan

Bromus secalinus (Zürich)

|© Dora Stetak

L’objectif global du projet est de contribuer à la conservation des ressources génétiques que représentent les CWR pour la sécurité alimentaire et de protéger ces espèces sauvages menacées d’extinction au niveau local et national.

En collaboration avec l’Office Fédéral de l’Agriculture (OFAG), la Fondation Info Flora a recensé 2’227 espèces CWR, ce qui correspond à plus de 2/3 de la flore du pays. Parmi elles, 285 espèces sont considérées comme importantes pour la Suisse, en se basant sur des critères de menace in situ, de proximité génétique entre les espèces sauvages et cultivées et d’importance socio-économique des variétés cultivées.

Résultats et Perspectives

Homme portant un gilet orange et un chapeau bleu penché en avant en train de récolter des graines dans une prairie avec en arrière plan des arbres en contrebas

Récolte des graines de Valerianella dentata (Valais)

A l’issue de la phase pilote de quatre ans, lancée en 2020, 46 espèces de CWR importantes ont été stockées sous forme de graines dans notre banque de semences. Chacune provient, si possible, de cinq populations distinctes de Suisse, afin de garantir une diversité génétique optimale. Ces graines sont ainsi sécurisées sur le long terme, sans dégradation de qualité et peuvent être utilisées par la suite pour conserver les espèces directement sur le terrain.

La seconde phase lancée en 2024 vise à intégrer les 239 espèces CWR importantes restantes. Pour ce faire, nous travaillons en proche collaboration avec l’Université de Zurich et les autorités responsables pour la conservation de la flore de chaque canton ; et nous sommes soutenus par un réseau de 18 collecteurs et collectrices expérimentés (botanistes, bureaux d’étude, jardins botaniques), pour récolter ces espèces sur l’ensemble du territoire helvétique.

Ensemble, avec la banque de semences de l’Université de Zurich et la nôtre, nous constituons, sur deux sites, la Banque Suisse de Semences Sauvages, qui vise à sauvegarder dans des collections ex situ 75% des espèces de plantes indigènes menacées - dont les CWR font partie - et de les mettre à disposition pour des mesures de promotion des espèces. Cela est particulièrement le cas, lors de nos multiples actions de réintroduction et de renforcement des populations que nous menons sur le canton de Genève dans le cadre du projet MonGE, en partenariat avec l’Office Cantonal de l’Agriculture et la Nature (OCAN).

Fiche du projet

Lancement 
  • 2020
Familles concernées 
  • Flore suisse
Pays 
  • Suisse
Partenaires 
  • Université de Zurich (Gregory Jäggli)
  • Info Flora (Adrian Möhl)
  • Réseaux de collecteurs et collectrices
  • Offices cantonaux
Équipe
  • Andreas Ensslin, Conservateur
  • Maya Wells, Collaboratrice technique à la banque de semences
  • Daniel Comte, Collaborateur scientifique
  • Richard Arthur Dupont, Collaborateur scientifique

Pour aller plus loin

La science
Lots de graines, conservés dans des tubes placés dans des bocaux, dans la banque de semences du Jardin Botanique de Genève
Banque de semences