La flore genevoise bénéficie d’une longue tradition d’inventaires botaniques, avec des travaux remontant au XIXᵉ siècle et plusieurs atlas successifs ayant permis de documenter la richesse végétale du canton. Ces inventaires constituaient toutefois des photographies ponctuelles de la flore, sans permettre d’en suivre précisément les évolutions.
Face aux transformations des paysages, à la fragmentation des habitats et aux changements environnementaux, la conservation de la biodiversité nécessite aujourd’hui des connaissances actualisées en continu. C’est dans cette perspective qu’a été mis en place le programme MonGE, développé et coordonné depuis 2012 dans le cadre d’une collaboration renouvelée chaque quatre ans avec l’OCAN et cofinancé par la Confédération via l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).
Inscrit dans la Stratégie Biodiversité du canton de Genève et son Plan d’action, le programme MonGE constitue aujourd’hui une référence scientifique pour la conservation de la flore et des milieux naturels genevois.
« De l’observation des espèces sur le terrain à la mise en œuvre d’actions de conservation, le programme MonGE établit un lien continu entre connaissances scientifiques, préservation du vivant et gestion durable du territoire. »
Raoul Palese, Conservateur
Sanguisorba officinalis
Objectifs et méthodologie
Le programme MonGE repose sur un principe simple : connaître pour mieux conserver. Nous associons suivis scientifiques, analyses des données et actions concrètes de conservation afin d’assurer une gestion durable du patrimoine végétal.
Observer et suivre l’évolution de la flore et des milieux naturels
Nous réalisons chaque année des campagnes de terrain pour documenter la répartition et l’évolution des espèces végétales et des milieux naturels du canton. Une attention particulière est portée aux espèces menacées et prioritaires, tout en suivant également l’évolution de la flore commune, afin de détecter les changements affectant l’ensemble des communautés végétales.
Ces observations sont complétées par celles d’un réseau de botanistes professionnels et bénévoles et sont intégrées à la base de données nationale Info Flora.
Blackstonia acuminata
Mesurer les changements dans le temps
Afin de suivre l’évolution de la végétation sur le long terme, nous avons mis en place un réseau de placettes permanentes – des surfaces d’observation fixes et géoréférencées de 10 m² - réparties dans les principaux milieux naturels du canton ainsi que dans certains espaces urbains.
Ces relevés standardisés, selon la méthodologie du Monitoring de la biodiversité en Suisse (BDM) permettent d’analyser les transformations des communautés végétales, de mesurer les tendances à long terme et de mieux comprendre les effets des changements environnementaux. Ils constituent également un outil précieux pour évaluer l’efficacité des actions de conservation mises en œuvre et adapter, si nécessaire, les pratiques de gestion des milieux naturels.
Prospection de Gladiolus palustris (Faverges)
Produire des outils d’aide à la décision
Les observations recueillies dans le cadre du programme MonGE, complétées par celles issues de nombreux partenaires, alimentent le Système d’Information du Patrimoine Vert (SIPV). Elles permettent de produire des cartes, des analyses et des indicateurs utilisés pour la gestion de la biodiversité et l’aménagement du territoire.
Ces connaissances servent également de base aux travaux menés dans le cadre de GE-21, une démarche collaborative réunissant nos compétences scientifiques et celles de la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture (HEPIA) et de l’Université de Genève. GE-21 valorise ces données pour répondre à des questions plus larges liées à la biodiversité, à la définition de l’infrastructure écologique, aux services écosystémiques ou encore à la planification territoriale.
Culture de Blackstonia acuminata
Transformer les connaissances en actions de conservation
Les données acquises permettent d’évaluer l’état de conservation des espèces, d’actualiser la Liste rouge et d’établir la Liste Prioritaire des plantes vasculaires du canton de Genève. Cette dernière guide la mise en œuvre de plans d’action ciblés, comprenant notamment la restauration de milieux, le suivi renforcé des populations, des études génétiques ou encore des actions de renforcement et de réintroduction.
Lorsque les populations sauvages sont particulièrement vulnérables, la conservation ex situ vient compléter les mesures menées sur le terrain. Les cultures de multiplication que nous maintenons permettent de produire du matériel végétal destiné aux actions de conservation. Les récoltes réalisées dans ce cadre contribuent à enrichir notre Banque de semences, une ressource essentielle pour préserver la diversité génétique des espèces menacées et soutenir les futurs projets de restauration écologique.
Résultats et perspectives
Depuis sa création, le programme MonGE a permis de renforcer considérablement la connaissance de la flore genevoise et d’adapter les actions de conservation aux enjeux actuels.
Entre 2020 et 2024, nous avons transmis plus de 65’000 observations floristiques à Info Flora, dont près de 8’000 concernant des espèces menacées et plus de 5’500 pour des espèces quasi menacées. Ces données permettent d’actualiser en permanence la connaissance de la répartition des espèces et d’orienter les mesures de conservation.
S’appuyant sur un réseau de 50 placettes permanentes, le programme MonGE est aujourd’hui, un véritable observatoire de la flore genevoise capable de suivre son évolution sur plusieurs décennies.
Les connaissances acquises permettent également de développer des projets de conservation ciblés. Le plan d’action consacré aux espèces du milieu du Nanocyperion, par exemple, vise à restaurer un habitat particulièrement menacé du canton et à favoriser de nombreuses espèces végétales prioritaires qui lui sont associées. Parallèlement, des plans d’action dédiés à plusieurs espèces prioritaires, telles que Aira caryophyllea, Eryngium campestre, Gladiolus palustris ou Thalictrum flavum, permettent de mettre en œuvre des mesures de conservation adaptées, fondées sur le suivi scientifique des populations et l’amélioration de leurs habitats.
En 2025, le réseau d’observateurs et d’observatrices mobilisés dans le cadre du programme MonGE a notamment permis la redécouverte d’Orlaya grandiflora, une espèce en danger critique d’extinction à Genève et plus observée dans une station naturelle sur le canton depuis 2019, illustrant ainsi l’importance d’un suivi régulier et coordonné de la flore.
Les données collectées dans le cadre du programme MonGE constituent enfin une base essentielle pour des approches complémentaires de conservation, comme le projet GENSCOP, qui étudie la diversité génétique de populations d’espèces prioritaires afin d’affiner la compréhension de leur état de conservation et d’adapter les mesures prises pour mieux les protéger.
Fiche du projet
Lancement
- 2012
Famille concernée
- Flore vasculaire du canton de Genève
Pays
- Suisse (canton de Genève)
Partenaires
- Office cantonal de l’agriculture et de la nature (OCAN)
- Info Flora
- Université de Genève (UniGE)
- Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA)
- Service des espaces verts (SEVE)
- Office fédéral de l’environnement (OFEV)
Équipe
- Daniel Comte, Collaborateur scientifique
- Andreas Ensslin, Conservateur et co-responsable du projet
- Pascal Martin, Adjoint scientifique
- Yamama Naciri, Conservatrice et professeur titulaire
- Raoul Palese, Conservateur et co-responsable du projet
- Maya Wells, Collaboratrice technique en banque de semences
- Nicolas Wyler, Conservateur et co-responsable du projet